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petit phonème discret
...cherche oreille avisée, ravivée

Peu de gens le savent, mais Guy Lux avait un frère , Paul ; que beaucoup confondent (tant l'enseignement s'est dégradé ) avec le frère de Castor. Est-ce que des illettrés pourraient les distinguer, rien qu'à l'oreille ?
Quand on aura répondu, on pourra lire la suite.
Soit le mot " pollution ", effrayant, qui semble couler et s'insinuer comme une marée noire entre les galets d'une plage bretonne. Certains croient entendre les 2 l qui sont dans le mot (ou du moins un l prolongé, une partie collée à po , l'autre à u ). C'est tout à fait possible. Mais ça ne présente aucun intérêt (en orthographe)
Pour le comprendre, le mieux est d'aller aux sources scientifiques, ce que nous avons fait, et que nous vous recommandons de faire pour être moins malheureux.
Notre référence est Martinet " Eléments de linguistique générale "(-Uprisme Armand Colin) , dont les p 13, 14 et 17, et 22, 23, lumineuses sur le sujet, sont ici, dans la machine. Nous essayons de vous attirer à lui.
Voici ce qu'explique Martinet à propos des mots tête, bête, tante et terre. En changeant un seul " son " dans le mot tête, on change de mot :

 tête

 tête

 tête

 bête

 tante

 terre


Martinet

Bien entendu, pour réussir cet exercice, il ne faut pas " se représenter mentalement le mot écrit ". Il faut faire exactement l'inverse : accepter de vivre vraiment son " sentiment de la langue ". Nous traduisons phonétiquement :

 [t] ê t

 t [ê] t

 t ê [t]

 [b] ê t

 t [an] t

 t ê [r]


Un phonème et un seul change à chaque fois dans le mot tête pour produire 3 autres mots.
Muni de cette constatation, on peut revenir à pollution, pour dire que ce qui est vrai (on peut entendre 2  ' l ' ) est faux (il n'y a qu'un phonème / l / *). (Un savoir plus savant ne sert pas à nier ce que l'on sait, mais à l'interpréter autrement ; et à en tirer sans doute d'autres conclusions.)
Ainsi, on a le droit de penser que pollution se prononce avec deux l , parce qu'il s'écrit ainsi, ...et réciproquement. Et même que c'est plus élégant de prononcer ainsi. Si ça aide en plus pour l'écrire, ça ne mange pas le pain ! Sauf qu'on peut prononcer pareil " révolution ", et qu'on comprend parfaitement pollution quand quelqu'un l'articule nettement avec un seul  l . Pollution reste le même mot, qu'on multiplie les  l ou non. Par contre, ahaner n'est pas le même mot que année. Et bien sûr, les fidèles téléspectateurs un peu âgés n'auront pas confondu Paul Lux et Pollux
On ne confond pas non plus : " il a vu " avec " il l'a vu " ; ni " il entend " avec " il l'entend ". Et pourtant, l'usage habituel de i(l) comme 3e pers. du s. rend l'opération délicate.

Les êtres humains sont judicieusement paresseux : les sons qu'ils prononcent peuvent, en s'enchainant, déborder les uns sur les autres, voire se parasiter entre eux. Mais prenez garde à ne pas adopter aussitôt à ce sujet une attitude moralisatrice du genre : les sauvageons parlent mal, on va les faire articuler, envoyez un emploi-jeune, ou une grand-mère bénévole ! Tout le monde parle mal. Appelez le médecin, neuf fois sur dix vous prononcerez " mèt cin ". Mais ce n'est pas la peine de vous le faire observer : aussitôt vous vous corrigerez et soutiendrez, mordicus, que vous n'avez jamais dit autrement. Ce comportement est bien connu depuis ... Vaugelas ( texte dans la machine) . Personne, par contre, ne confondra tenture et denture (Elle a changé sa ... ah,ah,ah !)
 Vaugelas


En résumé, il n'y a pas de mal a s'inventer un truc mnémotechnique pour se rappeler comment s'écrit pollution ( et pollen avec deux ailes pour mieux s'envoler dans les senteurs du printemps ). Par contre, il faut savoir ce qu'est un phonème pour instruire correctement les sauvageons, moins dociles à l'arbitraire du signe que les petits mignons ( ou vous-même peut-être, car si vous êtes ici sur ce site, ce n'est pas sans raison). Afin qu'ils n'aillent pas écrire " collique " à cause de " collège " et un peu plus tard " nique la pollice, y'a pas de sollution ".
Après ce détour linguistique, il reste à poser une nouvelle bonne question, au départ imprévisible : si les deux l de pollution ne sont pas une bonne information sur la façon de parler, pourquoi sont-ils là ?
Eh bien, nous n'en savons rien. Ou plutôt, nous en savons assez pour n'avoir pas envie de l'apprendre. Parce que, si nous le voulions, nous n'y arriverions pas. Mais jugez vous-même

Catach
Vous remarquerez, dans l'exposé scientifique, le rôle des expressions " parfois, dans certains cas, on peut s'attendre, etc. ". Nous retenons aussi cette opinion de l'auteur qu'à l'occasion il y aurait " bel et bien une réaction (artificielle et savante) due à l'orthographe ". En d'autre termes, ces façons " d'en rajouter " sentent fort la sueur et le prout-prout.

*[l] ou / l / ? Les signes conventionnels ne désignent pas exactement les mêmes notions. Ca ne peut pas gêner ici la compréhension.

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